dimanche 18 août 2013

Les très suaves heures de l'histoire contemporaine : le jour où Clara Bow se mit en cuisine.

















Le 3 septembre 1937 s'ouvrit à Hollywood un nouveau restaurant qui ne prétendait pas révolutionner la haute cuisine californienne mais reçut cependant une couverture médiatique digne d'une première de film. Il faut dire que les propriétaires n'étaient autre que Clara Bow et son époux Rex Bell, Clara Bow qui était pratiquement invisible depuis 4 ans c'est à dire depuis qu'elle avait décidé en pleine gloire d'arrêter le cinéma. 

Greta Garbo se souvint peut-être de la leçon : partir quand il en est encore temps mais le parallèle est sans doute plus juste avec Deanna Durbin : partir quand tout cela ne nous amuse plus. Star la plus populaire en 1929 et toujours dans le top 5 en 1933, Clara disparut du jour au lendemain après un dernier succès, "Hoop-la", ce qui est encore plus suave qu’après un échec. 


































L'histoire de Clara Bow semble taillée pour devenir un jour un film, ce qui a peut-être déjà été le cas, la trajectoire d'une pauvre jeune fille d'immigrés irlandais et écossais qui va quitter la misère du ghetto de Brooklyn pour devenir le sex-symbol absolu des années 20. 

Vulgaire, prétendue analphabète, un rien incontrôlable et sans aucune technique dramatique, Clara Bow ne devra qu'au public qui va instantanément l'adorer d'être devenue une star, du muet ET du parlant, ce qui lui vaudra l'admiration éternelle de Louise Brooks qui jusqu'à la fin de sa vie, répétera qu'elle ne comprenait pas pourquoi on lui accordait à elle, insignifiante actrice, des pages et des pages dans les ouvrages sur Hollywood alors que Clara Bow n'avait, au mieux, droit qu'à un paragraphe. 



































Une explication possible quant à l'obscurité relative dans laquelle se trouve aujourd'hui Clara Bow vient peut-être du fait que beaucoup de ses films soient invisibles. Il est fou par exemple de découvrir que celui auquel elle est le plus associée, "It", succès phénoménal de 1927, ait été considéré comme perdu  pendant des décennies jusqu'à ce qu'un négatif soit découvert à la fin des années 60 en Tchécoslovaquie. 

Evidemment demeure "Wings / Les ailes", premier film à remporter un Oscar en 1927, récit du courage des pilotes pendant la première guerre mondiale, film hautement viril dans lequel Clara, elle-même, se demandait ce qu'elle faisait là. De ses comédies qui feront d'elle l'actrice la mieux payée d'Hollywood il ne reste rien ou presque, juste les articles d'époque célébrant à chaque fois sa sensualité et sa drôlerie. 



















Puisque nous venons de l'évoquer, le film qui fera définitivement entrer Clara dans la légende est ce fameux "It", tiré du roman d'Elinor Glyn, romancière britannique qui sera importée à Hollywood dans les années 20 et deviendra l'arbitre des élégances. Elle s'occupera personnellement de Gloria Swanson et Rudolph Valentino et bien sûr de Clara, la couronnant du "It", indéfinissable qualité qui pourrait s'apparenter au "T'ça" que chantait Suzy Delair. 

Dans "It", Clara incarne une petite vendeuse qui va voir sa vie changer lorsqu'elle va tomber amoureuse du propriétaire du magasin dans lequel elle travaille. Malgré les différences sociales, le mariage aura lieu à la fin, prouvant que l'amour est plus fort, ce qui est en gros l'histoire de Cendrillon et des trois-quarts des films de Joan Crawford à la MGM dans les années 30. Les femmes adorent Clara, les hommes rêvent de Clara, les studios font de l'argent avec Clara. En 1933, tout cela sera pourtant terminé. 


















La chute de Clara Bow va être causée par une succession de scandales et une pression de plus en plus forte sur les épaules de la jeune femme de 25 ans qui va terminer dans un sanatorium, premier séjour d'une longue série d'hospitalisations entremêlées de tentatives de suicide et d'électrochocs.  

Accusée dans la presse de tous les vices, Clara en 1931 décide de tout arrêter et elle épouse l'acteur Rex Bell, bien décidée à se consacrer à une vie de femme au foyer et de mère modèle, ce qu'elle devient en 1934. Clara et Rex mènent une vie paisible dans un ranch, Clara fait des gâteaux pour ses voisines, s'occupe de son intérieur, rêve d'autres enfants et résiste aux multiples propositions de film qu'elle reçoit. Le cinéma, c'est terminé. 











































Comment donc Clara Bow va-t-elle être amenée à ouvrir un restaurant à Los Angeles en 1937 ? Comme elle le confiera elle-même à la presse, c'est à la demande de son époux qu'elle décidera de reprendre une activité, afin de sortir de la dépression dans laquelle l'a plongée une fausse-couche. Clara souhaitait un second enfant, elle le perdit après deux mois de grossesse. Sentant le séjour en clinique revenir à grands pas, elle choisit l'action.

Clara et Rex, après quelques recherches, jetèrent leur dévolu sur un local situé dans le très chic Hollywood Plaza, un des premiers palaces à ouvrir ses portes en 1925 à l'angle de Hollywood Boulevard et Vine Street et qui est encore debout aujourd'hui, transformé en résidence pour personnes âgées. La publicité faite autour de l'ouverture du "It" café précisait que Clara serait là tous les soirs pour accueillir les clients et qu'elle avait même participé à la confection de la carte, ce que personne ne pouvait croire, les talents culinaires de Clara étant universellement reconnu comme étant épouvantable.  



















L'ouverture du "It" café fut un triomphe : Hollywood tenait son nouvel endroit chic et Clara était resplendissante après un régime draconien. La première semaine vit défiler toutes les stars de l'écran, qui venaient en partie voir à quoi ressemblait l'ancienne recluse. 

Une nouvelle carrière s'ouvrait donc pour Clara, carrière qui dura exactement 15 jours. Deux semaines après l'ouverture, Clara découvrit qu'elle était enceinte et les médecins la menaçant d'une nouvelle fausse-couche, elle rentra chez elle et passa le reste de sa grossesse couchée. 9 mois plus tard venait au monde son second fils. Quand au "It" café, privé de sa star, il fut revendu au bout d'un mois. 


Clara, son mari et leurs deux fils au début des années 60. 


































Clara Bow n'eut pas d'autres enfants et fit assez peu parler d'elle jusqu'à sa mort en 1965 à l'âge de 60 ans. On sut parfois qu'elle était de nouveau hospitalisée, on évoqua une forme diffuse de schizophrénie. Elle refusa en tout cas d'apparaître de nouveau en public, même lorsque Rex fut élu gouverneur du Nevada et entama une assez belle carrière politique. 

Sachant que peu de ses films sont visibles et que les trente dernières années de sa vie se passèrent dans l'ombre, il est réjouissant de voir que malgré tout, on peut encore aujourd'hui retrouver une trace du passage de Clara Bow et cela pour un prix fort modeste. Vendue récemment aux enchères, une serviette en papier, non utilisée, du "It" café atteint la somme très raisonnable de 125 $.  






















Il est remarquable qu'un objet aussi fragile ait pu traverser les années. Cela peut même être, finalement un message d'espoir. Après tout, si une serviette en papier y parvient...

2 commentaires:

Jérôme (moins anonyme) a dit…

Beaucoup de choses, même fragiles, mérite de subsister... Il suffit qu'on prenne soin d'elles et qu'on le les jette pas... serviettes ou amours de plages?

Jérôme (moins anonyme) a dit…

Et ils étaient mignons ses fils!